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    Améliorer la couverture du commerce dans les médias

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 4/2006 
     

    Comment renforcer la collaboration entre experts commerciaux et journalistes pour faire comprendre l'évolution du monde?

    Alors que les yeux du monde sont braqués sur les négociations commerciales internationales, un aspect reste occulté: le rôle des médias des pays développés et en développement dans la sensibilisation du public aux politiques commerciales et l'instauration d'un débat sur le sujet.

    Dans les pays en développement, la couverture médiatique concernant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et les questions liées au commerce est à la fois insuffisante et «déconnectée» pour ce qui concerne l'analyse des liens entre la prise de décision globale et la formulation de politiques nationales, et leur implication pour le commun des mortels.

    Comptes rendus lacunaires



    Si le point de vue des associations marchandes nationales et d'autres intérêts nationaux puissants sur les règles commerciales est couvert, la voix des pauvres et des marginalisés - les petits agriculteurs, les travailleurs ou les femmes - reste inaudible.

    Les comptes rendus médiatiques ont également tendance à se focaliser sur l'évolution des grandes négociations sans analyser outre mesure les intérêts sous-jacents ou les grands enjeux. Certains observateurs estiment que les médias des pays développés ont également tendance à accorder peu d'attention à l'impact humain du commerce.

    Mais ce sont les journalistes des pays en développement qui, sans soutien et sans ressources, ont le plus de mal à informer le public et à nourrir le débat élargi sur les politiques commerciales.

    De nombreux pays très pauvres n'envoient pas de journalistes aux réunions internationales sur les négociations commerciales, faute de moyens ou parce que le sujet ne leur semble pas prioritaire.

    Panos a formé 13 journalistes d'Asie et d'Afrique afin qu'ils couvrent les questions liées au commerce et au développement durant la Conférence ministérielle de l'OMC à Hong Kong en 2005 et des négociations avortées de Doha en 2006 (voir http://www.panos.org.uk/tradingplaces).

    L'objectif de Panos était d'aider les journalistes à couvrir les développements sur le commerce en évitant certains écueils des reportages traditionnels:

    • Liens entre politique nationale et internationale: Analyser la relation entre les règles du commerce international et les problèmes posés par la politique commerciale nationale.
    • Accessibilité de l'analyse: Rendre les processus et questions politiques complexes intelligibles aux audiences cibles, en expliquant le langage technique et le jargon.
    • Focalisation sur les perspectives de développement et la pauvreté: Insister sur le lien entre commerce et développement - opportunités et barrières - et l'impact des politiques commerciales sur le recul de la pauvreté.
    • Impact humain: Souligner la façon dont le commerce et les politiques commerciales affectent les citoyens (accès aux biens et services essentiels ou à l'emploi notamment).
    • La voix des pauvres: Recueillir le point de vue des pauvres, des groupes vulnérables et des organisations travaillant avec eux et en tenir compte.
    • Genre: Examiner la façon dont les politiques commerciales reflètent et affectent le rôle et la position socio-économique des deux sexes.
    • Représentation des intérêts et prise de décision: Explorer les intérêts sociaux, politiques et économiques sous-jacents intervenant dans les délibérations commerciales.
    • Points de vue des différents groupes d'intérêt: Interroger divers groupes d'intérêt et parties prenantes (consommateurs, producteurs, travailleurs, petits entrepreneurs, ministres, parlementaires, etc.) participant ou non aux délibérations commerciales à l'échelon national et international.
    Si, dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement, les décideurs mettent l'accent sur la réduction de la pauvreté, beaucoup reste à faire pour encourager les journaux à rendre compte du commerce et du développement, notamment face à un environnement médiatique en constante évolution. Autrefois cheval de bataille des journalistes des pays en développement, la pauvreté semble avoir laissé place à une logique de commercialisation dans de nombreux journaux du Sud.

    Les journalistes des pays en développement ont déclaré à Panos que la couverture du commerce et du développement n'était pas une priorité des propriétaires, des directeurs et des rédacteurs de journaux, qui doivent opérer dans un environnement commercial de plus en plus compétitif. à part une élite, les comptes rendus «factuels» sur le commerce et la pauvreté n'intéressent pas grand monde. Dans la guerre entre l'espace rédactionnel et l'espace publicitaire jugé plus rentable, ils ne font assurément pas le poids.

    Faut-il éclater les frontières?



    De nombreux journalistes et rédacteurs affirment avec force qu'il faut trouver des moyens novateurs de rendre attrayants les comptes rendus sur le commerce et le développement, et s'efforcer de libérer l'espace éditorial à leur intention.

    S'il est de la responsabilité publique des médias de rendre compte du commerce sous l'angle du développement et de la réduction de la pauvreté, le premier grand défi posé aux journalistes sera de mieux examiner les débats nationaux sur le commerce et la pauvreté, au vu de l'importance de la contribution gouvernementale à la prise de décisions sur le commerce international puis d'analyser la façon dont les problèmes nationaux sont traités à l'échelon politique international, au sein de l'OMC notamment.

    Les décisions prises à ces niveaux peuvent affecter à la fois l'accès du public aux biens et services essentiels (nourriture, médicaments, eau et électricité) dans les pays en développement et la contribution des pays développés au développement international et au recul de la pauvreté.

    Certains analystes estiment qu'un des freins à la focalisation de la prise de décision commerciale sur la réduction de la pauvreté tient à la faible participation des décideurs et des groupes d'intérêt au processus et à la définition du contenu de la politique commerciale dans les pays développés et en développement (malgré l'éveil de la société civile et la recherche menée sur la politique commerciale au cours de la dernière décennie).

    Le déficit de participation publique ne peut pas être réglé uniquement par les médias. Mais les journalistes ont un intérêt légitime à s'intéresser aux parties consultées ou non par les gouvernements lors du développement des politiques, aux enjeux, à l'impact des politiques sur tous les groupes socio-économiques et à la prise en compte ou non du point de vue des pauvres. Grâce aux comptes rendus sans complaisance, privilégiant l'information au sensationnalisme et prenant en compte les divers points de vue importants (agriculteurs, consommateurs, travailleurs, hommes d'affaires, groupes minoritaires, femmes et hommes), les journalistes, dans le cadre de leur mission de service au public et d'élargissement de l'audience, peuvent renforcer la compréhension du public et élargir le débat.

    Dans le cadre des négociations de l'OMC et autres, les gouvernements nationaux commencent à admettre que la coordination de la position nationale, fondée sur l'implication de différents groupes nationaux, peut permettre à un pays de négocier en toute confiance et en toute crédibilité à l'échelon international. Des pays en développement (Maurice, Ouganda et Kenya notamment) ont mis sur pied des structures en vue d'élargir la consultation des parties prenantes et de ne pas se limiter aux seuls fonctionnaires.

    Peu importent les problèmes des gouvernements dans leurs relations avec les médias et le public, Panos estime que les médias et les parties prenantes non étatiques (organisations de la société civile et organisations de recherche politique, etc.) doivent renforcer leur interaction; au final, la communication générale avec le public sur les problèmes liés au commerce et au développement sera gagnante.



    Bulletins de Panos sur le commerce


    Les dossiers médiatiques de Panos sur la réduction de la pauvreté résument les enjeux et points de vue qui animent le débat.

    • Making or missing the links? The politics of trade reform and poverty reduction
      Alors que les décideurs parlent de "croissance pro-pauvres", ce bulletin porte sur la polarisation du débat sur les liens entre libéralisation du commerce, croissance économique et réduction de la pauvreté. Il s'intéresse à l'impact possible des réformes commerciales et aux questions liées aux coûts et avantages.
    • Signed and sealed? Time to raise the debate on international trade talks
      Ce bulletin se focalise sur l'agriculture, l'industrie, les services et la propriété intellectuelle, en examinant les enjeux du commerce et du développement dans le cadre des négociations et des décisions de l'OMC. Il s'intéresse également à l'impact sur le développement des accords commerciaux régionaux et bilatéraux.
     

    Jon Barnes est Directeur du programme sur la mondialisation à l'Institut Panos de Londres, vaste réseau mondial d'ONG collaborant avec les médias pour stimuler le débat sur les questions liées au développement mondial. 

    Article extrait d'un document de travail Panos de Jon Barnes et Dipankar de Sarkar, Trade challenges, media challenges: strengthening trade coverage beyond the headlines (voir: http://www.wto.org/english/forums_e/public_forum_e/trade_challenges.pdf ). Nous attendons vos commentaires sur le site: globalisation@panos.org.uk 


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